Pourquoi on ne peut pas couper la Haute Gironde en deux

Si l’on examine avec attention l’organisation territoriale de la Haute Gironde, on comprend vite que, entre la situation actuelle (cinq communautés de communes) et la constitution d’une seule et même communauté de communes, il n’existe pas de solution intermédiaire viable. Ni ce qui est proposé par la CDCI (quatre communautés de communes), ni un quelconque partage en deux n’est respectueux de la réalité territoriale.

carte bassins de vie

Pour essayer d’avoir une vision objective de la manière dont s’organise le territoire de la Haute Gironde, il est nécessaire de recourir à deux notions clairement définies par l’INSEE : celle de bassin de vie et celle de pôle d’équipements supérieurs.

Le bassin de vie est défini comme le plus petit territoire au sein desquels les habitants ont accès à la totalité des services dits de proximité (commerces, école, médecin généraliste..) mais aussi à la moitié au moins des équipements de la gamme intermédiaire (supermarché, collège, gendarmerie…). En 2012, l’INSEE a défini sur cette base les 1666 bassins de vie qui couvrent le territoire français (voir la carte). La Haute Gironde est composée de cinq de ces bassins de vie : Saint Ciers sur Gironde, Blaye, Bourg, Saint Savin et Saint André de Cubzac. Les territoires de ces bassins de vie correspondent à peu de chose près à ceux des cinq actuelles communautés de communes. A ceci près que celui de Saint Ciers s’étend aussi vers le nord sur 10 communes de Haute Saintonge et celui de Saint André vers l’est sur huit communes du Fronsadais. Par ailleurs, Reignac et Donnezac participent du bassin de vie de Montendre, en Charentes.

Les pôles d’équipements supérieurs sont, quant à eux, définis par le fait qu’ils offrent à leurs habitants et à ceux des communes environnantes des équipements ou des services relativement rares : cinéma, lycée, hypermarché, médecin spécialiste… Dans une étude de 2013, l’INSEE en a dénombré huit en Gironde, hors Métropole bordelais, dont deux en Haute Gironde : Blaye et Saint André. Les zones d’influences respectives de ces deux pôles partagent la Haute Gironde en deux selon une ligne qui va, grosso modo, de Bourg à Saint Savin, comme le représente la carte ci-dessus.

Quelles leçons tirer de ce double niveau de lecture (bassins de vie et pôles d’équipements supérieurs) de l’organisation territoriale de la Haute Gironde ? D’abord que la carte votée par la CDCI vendredi dernier (4 communautés de communes) est abracadabrante. Elle mutile trois des cinq bassins de vie de notre territoire : Bourg, en premier lieu, dont la communauté de communes est disloquée, mais aussi, dans une moindre mesure, Blaye et Saint Savin.

Mais plus largement, c’est toute tentative de redécoupage de la Haute Gironde en deux, trois ou quatre qui est à condamner. Regardons notamment ce que produiraient les deux hypothèses de partage en deux qui ont circulé. La première est de reprendre le découpage des deux cantons : Estuaire à l’ouest et Nord Gironde à l’est. Comme le montre la carte (limite en vert) cette hypothèse revient à couper en deux chacune des zones d’influence de Blaye et Saint André. Quant à l’autre hypothèse, celle qui prévoit de créer deux communautés rassemblant l’une la zone d’influence de Blaye, l’autre celle de Saint André (limite rouge sur la carte), elle revient à trancher en deux les bassins de vie de Bourg et de Saint Savin.

Dès lors que le seuil minimum de 15 000 habitants est exigé par la loi et que l’on doit donc rompre avec l’équilibre actuel des cinq communautés de communes, la seule solution respectueuse de l’ensemble des logiques d’organisation du territoire est de réunir la Haute Gironde au sein d’une seule et même communauté de communes.

L’union à cinq ou la foire d’empoigne

Les cinq communautés de communes de Haute Gironde ont commencé à délibérer pour donner leur avis sur le projet de Schéma départemental de coopération intercommunale. Les divergences de leurs positions montrent que, à défaut d’être pour l’instant majoritaire, la solution d’une union de ces cinq intercommunalités serait la moins minoritaire, la moins cacophonique.

quartier ouvrier en Haute Gironde Cite de la gare Saint Ciers sur Gironde 17 mai 2007
©JF.Chérel/Phot’Hauts de Gironde

Prenons dans l’ordre :

  • Le mercredi 4 novembre dernier, la Communauté de communes de Blaye votait un avis défavorable au projet de regroupement des cinq intercommunalités de Haute Gironde. Elle doit se réunir à nouveau ce mercredi 16 décembre pour faire des propositions alternatives. Sauf surprise, le plan B proposé devrait être celui d’un regroupement des trois Communautés de commune de Blaye, de Bourg et de l’Estuaire (Saint-Ciers sur Gironde). Et, en plan C : le regroupement des seules communautés de Blaye et de l’Estuaire.
  • Le mardi 8 décembre, c’était au tour de la Communauté de communes de Bourg. Résultat : un avis favorable au regroupement des cinq intercommunalités. Et en plan B : le regroupement avec la seule Communauté de communes du Cubzaguais.
  • Mercredi 9 décembre, réunion de la Communauté de communes Latitude Nord Gironde (Saint Savin). Résultat : un avis défavorable au regroupement des cinq intercommunalités. Et en plan B : le regroupement avec la seule Communauté de communes du Cubzaguais.
  • Jeudi 10 décembre, réunion de la Communauté de communes de l’Estuaire. Résultat : vote favorable au regroupement des cinq intercommunalités. Et en paln B : l’accueil de quelques commune complémentaires permettant de dépasser le seuil des 15 000 habitants.

Dans l’attente de la réunion et du vote de la Communauté de communes du Cubzaguais, on se trouve donc dans la situation suivante. Sur le projet de regroupement des cinq intercommunalités : 2 pour et 2 contre. Sur les solutions alternatives : autant de propositions différentes qu’il existe de communauté.

Le regroupement à cinq ne réunit donc pas, à ce stade, une majorité. Mais il est clair que, à défaut d’aller vers cette solution, qui est celle de l’ambition et de la raison, ce sera la foire d’empoigne et que la carte à laquelle nous aboutirons sera d’abord une carte de divisions, de crispations et d’amertume. Espérons que la période de débat qui s’ouvrira au début de 2016 permettra de faire valoir l’intérêt général de la Haute Gironde.

Un vote d’espoir ?

Le conseil syndical du Pays de haute Gironde se réunissait hier, jeudi 3 décembre, notamment pour formuler son avis sur le projet de Schéma départemental de coopération intercommunale. Les avis négatifs l’ont emporté, mais pas d’une manière aussi écrasante qu’on aurait pu le craindre.

epamprage manuel de la vigne chez Benoit Latouche Laruscade Gironde 29 avril 2008©JF.Chérel/Phot’Hauts de Gironde

Le vote de l’avis sur le projet de Schéma départemental de coopération intercommunale figurait à l’ordre du jour du conseil syndical du Pays de la Haute Gironde, réuni ce jeudi 3 décembre au soir, à Saint Savin. Par 29 voix contre 23, les avis négatifs l’ont emporté sur les avis positifs. C’est évidemment une déception, car les élus présents au sein de ce conseil (représentants des cinq communautés de communes de Haute Gironde) sont précisément ceux qui devraient mesurer le mieux l’intérêt d’un travail de coopération à cette échelle.

Mais, à y regarder de plus près, le résultat n’est pas si désespérant que cela. L’écart entre les anti (29) et les pro (23) est net, mais il n’est pas irrattrapable. Rien à voir, par exemple, avec le vote au sein du SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) Haute Gironde, jeudi 19 novembre dernier, qui s’était soldé par une majorité écrasante de non (36, et seulement 9 oui).

Peut-être le niveau plus élevé des « oui » hier soir est-il le signe d’une prise de conscience : la Haute Gironde peut-elle se permettre de rater une occasion de plus ? Ce vote montre en tout cas que le débat est loin d’être clos. Car si le oui est, pour l’instant, minoritaire, il s’appuie sur une minorité solide. Le « oui » est un « oui » a un projet précis et ambitieux : celui de l’union de toute la Haute Gironde au sein d’une même intercommunalité.

Du côté du « non », les choses sont moins claires. Il est toujours beaucoup plus facile d’amalgamer des oppositions à un projet que de dégager une majorité favorable à une alternative crédible.

De ce point de vue, la phase de délibération au sein de la Commission départementale de coopération intercommunale qui se déroulera sur les premiers mois de l’année 2016 constituera un moment clé. Tout reste ouvert pour qu’elle débouche sur le constat que le projet d’union à cinq est, tout compte fait, la solution la plus pertinente.

Deux conditions à cela. La première : se concentrer sur les arguments et les éléments de réflexion plutôt que sur les querelles de personnes. La seconde : choisir sur la base d’une vision d’avenir plutôt que des intérêts immédiats. C’est dans cet état d’esprit que nous continuerons ici à suivre avec attention et engagement les prochaines étapes du débat.

 

 

La dynamique des intercommunalités XXL

Le projet de Communauté de communes unique en Haute Gironde peut interroger par sa taille (65 communes, 85 000 habitants, 780 km²). Pour comprendre le sens de cette intercommunalité XXL, il faut porter son regard au-delà des seules limites de la Gironde et prendre la mesure d’un mouvement qui concerne toute la France.

ville de Bourg sur Gironde vue sur la Dordogne 7 aout 2007©JF.Chérel/Phot’Hauts de Gironde.

Il est vrai que, avec ses 85 000 habitants, une communauté de communes rassemblant la totalité de la Haute Gironde pourrait paraître atypique : la taille moyenne actuelle des communautés de communes est de 14 400 habitants, la loi Notre ne fixe qu’un seuil minimum de 15 000 habitants, et le projet de Schéma départemental de coopération intercommunale de la Gironde ne prévoit pas la création d’autres communautés de communes de cette taille.

Pour autant, si on élève le regard et qu’on observe comment évolue la carte de l’intercommunalité sur l’ensemble du territoire national, on se rend compte que, loin d’être isolé, le projet de Cdc Haute Gironde participe d’une vraie dynamique favorable à l’émergence de communautés de communes XXL.

Comme l’annuaire en ligne de l’AdCF (Assemblée des Communautés de France) permet de le vérifier, il existe d’ores et déjà, en France métropolitaine, 42 communautés de communes dont la population est supérieure à 50 000 habitants. Plusieurs d’entre elles se situent d’ailleurs près de nous, dans ce qui constitue désormais notre nouvelle grande Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes : Cdc du Bassin d’Arcachon nord (8 communes, 60 000 habitants), Cdc de Lacq Orthez (61 communes, 55 000 habitants), Cdc Marennes-Adour-Côte Sud (23 communes, 60 000 habitants), Cdc de la Haute Saintonge (131 communs, 69 000 habitants), Cdc des Vals de Saintonge (112 communes, 55 000 habitants).

Plus loin de nous, certaines communautés de communes ont même dépassé le seuil des 100 000 habitants. C’est notamment le cas de la Cdc du Pays du Grésivaudan, en Isère, constituée en 2009 par le regroupement de quatre communautés et rassemblant désormais 47 communes et 101 000 habitants. Ou celui de la Cdc de Flandre intérieure, dans le Nord, créée en 2014 par le regroupement de six communautés et rassemblant 50 communes et 102 000 habitants.

La spécificité de ces communautés de communes XXL est qu’elles fédèrent un bassin de vie large, un « pays » entier et qu’elles sont construites non pas autour d’une seule ville centre (ce qui les distingue d’une communauté d’agglomération) mais en s’appuyant sur un réseau de petites villes, autant de caractéristiques correspondant à la situation de la Haute Gironde. Leur intérêt est qu’elles permettent de structurer des services que des communautés de taille moindre ne pourraient porter : par exemple des réseaux de transport en commun ou le déploiement du haut-débit.

Le mouvement est donc en marche. Et il va s’accélérer. C’est l’AdCF elle-même qui le note. Dans le dossier qu’elle vient de consacrer à l’étude de 82 projets de Schémas départementaux de coopération intercommunale, elle indique, en effet : »Le mouvement le plus notable n’est pas tant le nombre de fusions proposé sur les 82 schémas (460) que l’ambition des projets. Ont déjà été évoquées dans AdCF Direct, les projets X + XXL du Cotentin (plus de 200 communes), du Pays basque (157 communes) mais d’autres projets de plus de 100 communes sont répertoriés comme dans le Jura. 142 projets dépassent les 50 communes, soit près d’un sur trois. Dans 97 cas, les projets de fusion impliqueraient plus de 3 intercommunalités (voire jusqu’à 11 !). »

En s’engageant dans la voie d’une communauté de communes unique, la Haute Gironde serait ainsi loin de faire cavalier seul. Elle prendrait au contraire part à un mouvement où se dessine ce qui apparaît d’ores et déjà comme le modèle le plus efficace pour assurer le développement et la qualité des services dans les territoires hors agglomérations et métropoles.

Pour une union à cinq !

Les cinq bonnes raisons de préférer une Haute Gironde unie à une Haute Gironde divisée.

Philadelphus coronarius seringa 33 cézac Gironde du 25 avril au 22 mai 2011©JF.Chérel/Phot’Hauts de Gironde

Pourquoi vouloir réaliser l’union de la Haute Gironde et de ses 86 000 habitants en une seule et même communauté de communes ?

Pour cinq raisons très simples :

  1. Parce que la Haute Gironde forme un territoire à l’histoire et l’identité communes. Bien sûr, elle compte des zones plus urbaines et d’autres plus rurales. Mais quel est le bon choix : exacerber les différences ou jouer sur les complémentarités ?
  2. Parce que toutes les communes de ce territoire sont confrontées à un enjeu majeur commun, avec certes des intensités variables : comment nouer avec la métropole bordelaise, qui concentre les ressources et les richesses, des relations mutuellement profitables, sans pour autant perdre son identité ? Unies dans un large ensemble, nos communes seront plus fortes pour faire valoir leur intérêt.
  3. Parce qu’au-delà du seul cas de la métropole bordelaise (740 000 habitants), les autres territoires voisins de la Haute Gironde se sont déjà organisés au sein de grandes intercommunalités : au nord, la Haute Saintonge est depuis 20 ans rassemblée au sein d’une communauté de communes de 67 000 habitants; à l’est, la communauté d’agglomération du Libournais (Cali) compte déjà 70 000 habitants et devrait rapidement s’agrandir, passant à 83 000 habitants.
  4. Parce que, chacun le sait, le contexte de restriction des ressources publiques est appelé à durer et qu’une intercommunalité large permettra mieux que deux ou trois plus petites de mutualiser les moyens et les ressources. La qualité et la pérennité des services publics de proximité seront ainsi mieux assurées.
  5. Parce qu’une Haute Gironde unifiée serait la bonne échelle pour traiter efficacement les dossiers d’avenir : le développement économique, les liaisons vers la métropole, la formation des jeunes, l’aménagement du territoire…

Dotations d’Etat : l’union peut rapporter gros

On ne se marie certes pas pour l’argent. Et ce n’est donc pas d’abord au regard de ce qu’elle pourrait rapporter en terme financier qu’il faut regarder la perspective de la constitution d’une seule et même communauté de communes pour l’ensemble de la Haute Gironde.

mairie de village en Haute Gironde Saint Savin 24 avril 2007©JF.Chérel/Phot’Hauts de Gironde

Mais quand même. On ne peut pas non plus complètement négliger le fait qu’elle pourrait rapporter à notre territoire jusqu’à près de 1,9 millions d’euros de dotations d’Etat en plus par an.

FPIC, pour Fonds de Péréquation Intercommunal et Communal, tel est le nom du dispositif créé par la Loi de finances pour 2012, qui pourrait bien représenter une vraie manne financière pour une future intercommunalité Haute Gironde.

De quoi s’agit-il ? Comme l’indique sa présentation sur le site internet gouvernemental dédié aux collectivisé locales, le FPIC « consiste à prélever une partie des ressources de certaines intercommunalités et communes pour la reverser à des intercommunalités et communes moins favorisées ».

Calculé selon une formule assez complexe, qui tient notamment compte du montant des bases fiscales d’un territoire rapporté à son nombre d’habitants (et détaillée dans une note d’information du Ministère de l’Intérieur), le montant du FPIC attribué à une intercommunalité est versé, pour la part la plus importante à l’intercommunalité elle-même, pour une part résiduelle aux communes qui la composent.

A ce jour, sur les cinq communautés de communes de Haute Gironde, quatre sont bénéficiaires du dispositif (Blaye, Bourg, Saint André, Saint Savin) et une (celle de l’Estuaire) est contributrice du fait de la richesse fiscale liée à la présence sur son territoire de la Centrale nucléaire du Blayais. Si bien que, au total, entre les plus (les sommes reçues par les Cdc de Blaye, Bourg, Saint André et Saint Savin) et les moins (les sommes versées par la Cdc de l’Estuaire) le territoire de la Haute Gironde a perçu, en 2015, un solde net de 711 000 € au titre du FPIC.

Tout changerait dans le cadre d’une fusion des cinq Cdc. Il ressort en effet d’une étude conduite par le cabinet EcoFinance pour le compte de la Communauté de communes de l’Estuaire, s’appuyant tant sur les chiffres fournis par le Ministère des finances que sur des calculs réalisés par l’Agence d’appui au développement territorial (un service du Conseil départemental de la Gironde), que dans l’hypothèse d’une fusion à cinq, le montant total perçu par le territoire (intercommunalité + communes) serait de 2 397 000 €. Soit 1 686 000 € de plus qu’aujourd’hui !

L’explication principale de ce différentiel tient au fait que la richesse fiscale de la Cdc de l’Estuaire qui est aujourd’hui rapportée à ses 12 351 habitants (ce qui la classe parmi les territoires riches) serait diluée dans un ensemble de 86 000 habitants. S’il se trouvait que, au terme de la procédure de révision du Schéma départemental de coopération intercommunal, la Cdc de l’Estuaire était incluse dans un territoire moins large que celui de l’ensemble de la Haute Gironde, l’effet serait d’autant moins fort et le territoire serait privé d’une part importante de cette ressource potentielle.

La même étude fait par ailleurs ressortir que, dans le cas d’une fusion à cinq, la Haute Gironde bénéficierait d’un effet levier sur une autre dotation d’Etat, la dotation d’intercommunalité, qui est l’une des composantes de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) des intercommunalités, pour un montant de 203 000 €.

La fusion des cinq intercommunalités qui la composent rapporterait donc à la Haute Gironde un supplément de près de 1,9 millions d’€ par an de dotations supplémentaires de l’Etat. Une manne loin d’être négligeable par les temps qui courent.

Une idée révolutionnaire ?

Les contours d’une future intercommunalité regroupant l’ensemble de la Haute Gironde recouperaient exactement ceux du District de Blaye créé par l’assemblée constituante en 1790.

Gironde 7 districts

Certains des opposants au projet de communauté de communes unique en Haute Gironde expliquent que ce territoire n’aurait aucune réalité historique. Il est vrai que l’appellation Haute Gironde est relativement récente, apparue dans les années 1990. L’unité du territoire qu’elle recouvre est en revanche une évidence de toujours.

La carte reproduite ci-dessus (que l’on peut télécharger dans une meilleure définition en cliquant ici) en apporte une illustration. Issue des collections des Archives départementales de la Gironde (où elle est conservée sous la cote 10 J 143), elle date de 1790 et représente le département de la Gironde, nouvellement créé et divisé en sept district par l’assemblée constituante. Cette assemblée constituante est le nom qu’ont donné à leur assemblée les députés des Etats généraux lorsqu’ils ont décidé que leur mission était de donner une constitution à la France et donc de sortir de la monarchie de droit divin et de l’Ancien régime.

Parmi les sept districts créés en Gironde, l’un d’entre eux regroupe exactement les territoires actuels des cinq communautés de communes de Haute Gironde : Blaye, Bourg, Saint André, Saint Ciers et Saint Savin. Et, comme tous ceux créés partout en France à cette époque, ce district n’est pas qu’un découpage administratif, il est aussi une sorte de collectivité territoriale, intermédiaire entre le département et les communes, administré par 12 conseillers élus.

Ces districts n’auront qu’une vie brève, car ils seront supprimés dès 1795 et celui de Haute Gironde aura une histoire agitée du fait notamment de la bataille que se livreront Blaye et Bourg pour se voir attribuer la fonction de chef-lieu. Mais l’important est de se souvenir que, lorsque les révolutionnaires ont eu à redessiner la France, il leur a paru comme allant de soi de réunir, au sein d’un même ensemble, l’ensemble des territoires de la Haute Gironde.

Blaye et Saint André : concurrentes ou complémentaires ?

On cherche parfois à opposer les deux premières villes de Haute Gironde, Saint André de Cubzac et Blaye. Or il apparaît que c’est d’abord à valoriser leur complémentarité qu’il conviendrait de travailler. Ni l’une  ni l’autre ne réunit, à elle seule, l’ensemble des fonctions dites « supérieures » qui qualifient selon l’INSEE le statut d’une ville. A elles deux, si. Ou presque.

600px-Blason_ville_fr_Saint-André-de-Cubzac_(Gironde).svgBLAYE-33

 

D’un côté : Saint André de Cubzac et ses 10 155 habitants (un chiffre en progression de plusieurs centaines chaque années) pouvant ainsi s’attribuer sans conteste le titre de première ville de Haute Gironde. De l’autre : Blaye, 4 710 habitants, mais « capitale » historique de la Haute Gironde et qui concentre à ce titre les services publics, notamment l’hôpital et la Préfecture. On peut être tenté de les opposer. Et se dire que le mieux serait de diviser la Haute Gironde en deux ensembles organisés autour de chacun de ces deux pôles.

C’est l’orientation que défend par exemple Denis Baldès, Maire de Blaye.

Il s’appuie notamment pour ce faire sur un document produit par l’INSEE Aquitaine en juin 2013, Les territoires girondins, entre autonomie et complémentarité. Il est vrai que ce document pointe notamment que « Arcachon, Blaye, Langon, Lesparre-Médoc, Libourne, La Réole, Saint-André-de-Cubzac et La Teste-de-Buch sont des communes autour desquelles la vie des Girondins s’organise : ce sont des pôles d’équipements supérieurs. Leurs habitants et ceux des communes environnantes ont accès à des équipements ou des services relativement rares : cinéma, lycée, hypermarché, médecin spécialiste… Tous ces pôles possèdent un lycée d’enseignement général ou professionnel, excepté La Teste-de-Buch. Leurs résidents y trouvent des établissements de santé de court ou moyen séjour hormis à Saint-André-de-Cubzac. Les établissements de long séjour sont plus rares, car présents seulement à Blaye, Libourne et La Teste-de-Buch. »

Mais, pour aller au bout de la réflexion, on ne peut s’arrêter à la seule lecture de ce document. On doit aussi se demander ce que sont ces fameux « équipements supérieurs » définis par l’INSEE et regarder la mesure dans laquelle Saint André de Cubzac et Blaye les réunissent. Ce que nous avons fait.

Il faut pour cela se référer se référer au tableau des gammes d’équipement produit par l’INSEE. Ce tableau fait apparaître que l’INSEE a en fait défini comme « superieurs » 35 types équipements : hypermarché, lycées, établissements de santé, médecins spécialistes, cinéma, théâtre… Cette liste d’équipements supérieurs complète celle des 30 équipements de proximité (banque, boulangerie, pharmacie…) et des 34 équipements intermédiaires (gendarmerie, vétérinaire, gare, bassin de natation) qui chacun permettent de qualifier, en fonction de leur présence ou non, le statut et le rayonnement d’une ville.

En se fondant sur les données fournies par l’INSEE dans sa Base permanente des équipements et en les vérifiant et complétant (car cette base n’est pas exempte d’erreur), nous avons construit le tableau comparatif des équipements supérieurs présents à Saint André et à Blaye. Ce document n’a donc rien d’officiel, amis nous l’avons construit avec le plus de sérieux possible. Qu’en ressort-il ? Trois enseignements principaux:

  • Le premier est que aucune des deux villes ne réunit la totalité des équipements supérieurs : Blaye en réunit 27 sur 35 (à condition de considérer comme « blayais » l’hypermarché Leclerc situé sur les communes de Saint Martin Lacaussade et Cars), Saint André 20.
  • Le deuxième est que si, en revanche, on joint les équipements de Blaye à ceux de Saint André, on arrive à un total de 32 équipements présents sur 35. Blaye apporte à la Haute Gironde ses équipements hospitaliers et quelques autres services, comme celui de Pôle emploi. Mais Saint André est la seule à proposer des services aussi essentiels qu’un loueur de voitures ou un théâtre, sans compter un accueil ambulatoire  en psychiatrie.
  • Le troisième enfin est que si l’on tient compte des équipements disponibles dans deux autres communes de Haute Gironde – l’ESAT (établissement d’aide par le travail) de Braud et Saint Louis et l’agence de travail intérimaire installée à Pugnac – on parvient à un total de 34 équipements sur 35 présents en Haute Gironde.

Conclusion : ce que devrait viser l’action publique, ce n’est pas la mise en concurrence des deux villes, mais le renforcement de leur complémentarité, au service du territoire dans lequel elles rayonnent ensemble – la Haute Gironde. Comment le faire mieux qu’au sein d’une seule et même communauté de communes ?